Vous avez cotisé plusieurs années en France, puis fait votre alya et cotisé au Bituach Leumi en Israël. À l'approche de la retraite, une question revient souvent : est-ce que ces deux carrières se combinent, ou faut-il choisir ?
Point clé. Grâce à la convention de sécurité sociale franco-israélienne du 17 décembre 1965, vos périodes françaises et israéliennes peuvent être totalisées. Chaque pays verse sa propre pension, calculée sur la base des seules périodes cotisées sur son territoire : la totalisation n'additionne donc pas les deux montants. Mais elle joue un rôle décisif sur le taux — côté français, vos années israéliennes comptent pour atteindre le taux plein et supprimer la décote, même si l'assiette du montant reste proratisée sur votre carrière française.
Deux systèmes, deux logiques
🇫🇷 Retraite française (CNAV)
- Basée sur les trimestres cotisés en France.
- Calcul : salaire annuel moyen (SAM) × taux (max 50 %) × proratisation.
- 172 trimestres requis pour le taux plein (générations nées après 1973).
- Âge légal : 62 à 64 ans selon l'année de naissance (actuellement figé autour de 63 ans et 9 mois pour la génération 1968, suite à la suspension de la réforme de 2023 votée en décembre 2025).
🇮🇱 Bituach Leumi (Israël)
- Basé sur la résidence et les cotisations versées à l'Institut national d'assurance.
- Une durée de cotisation minimale (« vétek bitouhi ») est requise pour ouvrir un droit propre à la pension de vieillesse. Ce seuil doit être vérifié directement sur btl.gov.il, il évolue selon les textes en vigueur.
- Âge de la retraite : 67 ans pour les hommes ; pour les femmes, l'âge progresse par génération (à vérifier sur btl.gov.il selon l'année de naissance).
- Entre l'âge de la retraite et 70 ans, le versement de la pension peut rester soumis à un examen des ressources ; à partir de 70 ans (« âge absolu »), elle est due sans condition de ressources.
Ce que change la convention de 1965
La convention franco-israélienne organise deux mécanismes principaux.
1. Totalisation des périodes
Si vous n'atteignez pas seul le seuil de cotisation requis par le Bituach Leumi, vos années de cotisation françaises peuvent être prises en compte pour atteindre ce seuil et ouvrir un droit à la pension israélienne. Le principe fonctionne aussi dans l'autre sens pour la France, même si, côté CNAV, la moindre période cotisée en France ouvre déjà un droit propre : la totalisation y joue surtout sur l'atteinte du taux plein, pas sur l'ouverture du droit lui-même.
2. Deux pensions proratisées, mais un taux amélioré
Une fois les droits ouverts, la CNAV proratise votre pension sur vos seuls trimestres cotisés en France, et le Bituach Leumi sur vos seules années israéliennes : la totalisation n'ajoute pas de trimestres à ce prorata. En revanche, pour déterminer le taux appliqué (50 % moins la décote), la CNAV tient compte de la durée totalisée, France + Israël. Vos années israéliennes peuvent donc supprimer la décote et porter votre pension française au taux plein, sans pour autant en élargir l'assiette au-delà de vos périodes françaises.
Exemple : Ariel, 10 ans en France puis alya en Israël
Le profil
Ariel, né en 1983, a travaillé 10 ans en France (40 trimestres validés) avant de faire son alya en 2016. Il cotise au Bituach Leumi depuis 10 ans, et continue. Sa retraite israélienne, il l'aura : sa vraie question n'est donc pas « est-ce que je toucherai quelque chose en Israël ? », mais « comment mes années israéliennes et françaises se combinent, et à quel âge ai-je intérêt à partir : 65, 67 ou 70 ans ? »
| Pension française d'Ariel | Sans totalisation (années israéliennes ignorées) | Avec totalisation (convention 1965) |
|---|---|---|
| Taux (50 % max) | Décote s'il liquide avant le taux plein : ses 40 trimestres français seuls en sont loin | Ses années israéliennes comptent pour le taux → taux plein atteignable plus tôt, décote réduite voire supprimée |
| Assiette du montant (proratisation) | 40 trimestres cotisés en France | Identique : toujours 40 trimestres français, la totalisation n'élargit pas l'assiette |
| Montant CNAV | Taux réduit × prorata français → pension plus basse | Taux plein × même prorata français → pension plus élevée, à carrière française inchangée |
| Ce qu'il lui reste à arbitrer | — | L'âge de départ (65, 67 ou 70 ans) : décote, taux plein ou surcote |
Ces cases décrivent un mécanisme, pas un montant : la décote exacte, le taux et la pension dépendent de la carrière complète d'Ariel et de son âge de départ. Ils se vérifient sur cleiss.fr et btl.gov.il, ou se simulent selon sa situation.
Ce que montre cet exemple : pour quelqu'un comme Ariel, qui a déjà une carrière israélienne installée, la totalisation n'est plus l'enjeu : son droit israélien est acquis. L'enjeu devient l'impact croisé des deux carrières et le choix de l'âge de départ. Partir à 65, 67 ou 70 ans ne donne pas le même montant côté CNAV (décote, taux plein, surcote selon les trimestres accumulés) ni le même statut côté Bituach Leumi (âge de retraite atteint ou non, âge absolu à 70 ans). C'est une décision qui se prépare plusieurs années à l'avance et qui exige une vue consolidée des deux régimes.
À quel âge Ariel a-t-il intérêt à partir ?
Retreet réunit vos carrières française et israélienne dans une vue consolidée et simule l'impact de votre âge de départ (65, 67 ou 70 ans) sur chacune de vos pensions, pour arbitrer en connaissance de cause plutôt que de le découvrir au moment du départ.
Voir les offres →Les erreurs fréquentes des Franco-Israéliens
- Croire que la totalisation additionne les deux pensions. Elle n'ajoute pas de trimestres au calcul proratisé : chaque pension reste assise sur les périodes cotisées dans son pays. L'erreur inverse est tout aussi coûteuse : ne pas voir qu'elle supprime la décote sur le taux français. Vos années israéliennes comptent bel et bien pour atteindre le taux plein côté CNAV.
- Se fier à un seuil de cotisation israélien approximatif ou daté. Les conditions d'éligibilité au Bituach Leumi évoluent ; seule btl.gov.il fait foi pour le seuil et l'âge applicables à votre génération.
- Oublier que l'âge de la retraite diffère entre les deux pays. L'écart entre l'âge légal français et l'âge israélien (67 ans pour les hommes) peut créer un arbitrage de calendrier à anticiper plusieurs années avant le départ.
- Confondre pension de vieillesse et autres dispositifs israéliens. Le Keren Hishtalmut, le Gemel et la fiscalité israélienne suivent des règles distinctes, non couvertes par la convention de sécurité sociale de 1965.
Questions fréquentes
Mes années cotisées en Israël comptent-elles pour ma retraite française ?
Oui, mais pas comme on l'imagine. Elles ne s'ajoutent pas trimestre par trimestre à votre pension française, qui reste proratisée sur votre carrière en France. En revanche, elles comptent pour déterminer votre taux : si votre carrière française seule n'atteint pas le taux plein, vos années israéliennes peuvent supprimer la décote. C'est souvent l'intérêt financier principal de la convention côté français. Côté israélien, la totalisation sert surtout à ouvrir vos droits au Bituach Leumi.
La convention franco-israélienne couvre-t-elle la retraite complémentaire ?
Non. La convention de 1965 porte sur les régimes de base. L'AGIRC-ARRCO côté français et les dispositifs de prévoyance israéliens (Keren Hishtalmut, Gemel) suivent des règles séparées.
Où trouver les chiffres exacts applicables à ma situation ?
Le seuil de cotisation, l'âge légal selon votre génération et le montant de la pension de base doivent être vérifiés directement sur btl.gov.il (Bituach Leumi) et cleiss.fr pour la partie française.
Simulez votre retraite franco-israélienne
Retreet applique les règles de coordination en vigueur pour comparer l'impact de vos années cotisées en France et en Israël sur chacune de vos pensions. L'objectif n'est pas de vous donner un montant exact — seuls la CNAV et le Bituach Leumi le calculeront in fine — mais de poser la bonne question au bon moment : à quel âge partir, et ce que vos années israéliennes changent à votre taux français.
Vous avez cotisé en France et au Bituach Leumi ? Posez-vous la question, puis calculez votre propre situation pour comparer les scénarios d'âge de départ et identifier les leviers encore ouverts — avant qu'il ne soit trop tard pour agir.
Sources : Convention de sécurité sociale France-Israël du 17 décembre 1965 (cleiss.fr) ; btl.gov.il ; CNAV. Article publié le 25 août 2026. Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une vérification personnalisée auprès des organismes compétents.