La retraite progressive permet de toucher une fraction de sa pension tout en travaillant à temps partiel. Mais la condition des 150 trimestres se calcule différemment selon que vos années à l'étranger relèvent de l'UE ou d'une convention bilatérale.
Le principe de la retraite progressive en France
La retraite progressive permet, dès l'âge légal, de percevoir une partie de sa pension tout en exerçant une activité à temps partiel. Depuis la réforme de 2023, ce dispositif est accessible à partir de 62 ans (générations nées à partir de 1962) sous trois conditions :
- Justifier d'au moins 150 trimestres validés, tous régimes confondus
- Exercer une activité salariée à temps partiel (entre 40 % et 80 % d'un temps plein)
- Être encore en activité
Le montant versé correspond à votre pension théorique multipliée par le taux de réduction du temps de travail : si vous travaillez à 60 %, vous touchez 40 % de votre pension calculée à cette date. Les trimestres continuent à s'acquérir pendant toute la période.
Source : Assurance retraite — La retraite progressive
Ce que disent les textes sur les trimestres étrangers
La condition des 150 trimestres intègre-t-elle les périodes travaillées à l'étranger ? La réponse dépend du pays concerné.
Pour les pays de l'UE/EEE et la Suisse, les périodes cotisées sont prises en compte grâce aux règlements européens de coordination (règlement CE 883/2004). Vos trimestres allemands, belges ou suisses comptent pour atteindre le seuil de 150 trimestres.
Pour les pays liés à la France par une convention bilatérale (États-Unis, Canada, Japon, Australie…), la situation est différente. Ces conventions permettent la totalisation des périodes pour l'ouverture des droits à pension, mais la circulaire CNAV 2022-31 du 28 juillet 2022 précise que les trimestres validés pour la retraite progressive incluent ceux acquis dans les régimes français uniquement, sauf disposition expresse contraire.
Source : Legifrance — Article L161-22-1-4 CSS
L'impact concret : deux profils franco-américains
Sandrine a travaillé 12 ans en France (48 trimestres français) puis 23 ans aux États-Unis (92 credits américains). Elle souhaite accéder à la retraite progressive en 2026.
Avec la convention franco-américaine, la totalisation lui permet d'ouvrir droit à une pension française. Mais la CNAV ne comptabilise pas ses quarters américains dans les 150 trimestres requis pour la retraite progressive. Avec seulement 48 trimestres français, elle est loin du seuil — il lui faudrait encore cotiser environ 25 ans en France à temps plein pour y accéder.
Dans son cas, la retraite progressive française est hors de portée avant 67 ans. Elle peut en revanche envisager une réduction volontaire de son temps de travail en parallèle de sa Social Security (à partir de 62 ans en anticipé, ou 67 ans à taux plein).
Marc a cotisé 15 ans au Canada et 18 ans en France (72 trimestres français). Il lui manque 78 trimestres français pour atteindre le seuil de 150.
À raison de 4 trimestres par an, il lui faudrait environ 20 ans de travail supplémentaire en France — soit jusqu'à 81 ans. La retraite progressive telle que conçue aujourd'hui est inaccessible pour lui avant 67 ans. Il peut néanmoins capitaliser sur ses droits canadiens (CPP/RRQ) dès 60 ans et sa retraite française à taux plein à 67 ans.
L'évolution de septembre 2026 à surveiller
L'article 27 de la loi du 14 avril 2023 prévoit que la retraite progressive sera accessible à tous les salariés à partir du 1er septembre 2026, avec des assouplissements en cours de définition. Les décrets d'application pourraient préciser le traitement des trimestres étrangers conventionnés.
Si vous êtes dans la fenêtre des 60–63 ans, suivez les publications officielles — une modification des textes pourrait changer radicalement l'équation pour les carrières internationales.
Source : Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, article 27
Les 5 questions stratégiques à se poser
1. Combien de trimestres français avez-vous réellement validés ?
Demandez un relevé de carrière détaillé à la CNAV sur info-retraite.fr. Certaines périodes (stages, chômage, maladie) peuvent être comptabilisées différemment selon les années.
2. Quel est votre projet professionnel entre 62 et 67 ans ?
La retraite progressive a du sens si vous souhaitez réduire votre activité tout en améliorant votre pension française. Si vous prévoyez une nouvelle expatriation ou si vous avez des besoins de revenus complets, d'autres arbitrages peuvent être plus adaptés.
3. Pouvez-vous atteindre les 150 trimestres français avant 62 ans ?
Si vous êtes rentré en France à 45-50 ans avec 60-80 trimestres français, il est envisageable d'atteindre 150 en continuant à travailler. Calculez précisément votre trajectoire : chaque trimestre supplémentaire à partir de 60 ans ouvre ou ferme ce dispositif.
4. Que change le dispositif de septembre 2026 pour vous ?
Si les décrets d'application intègrent les trimestres étrangers conventionnés dans le décompte des 150, les profils franco-américains ou franco-canadiens avec des années dans les deux systèmes pourraient soudainement y être éligibles. Simulez plusieurs scénarios dès maintenant pour anticiper.
5. Comment s'articule la retraite progressive avec votre Social Security ?
Les États-Unis n'ont pas de dispositif équivalent à la retraite progressive. Vous pouvez tout à fait toucher votre retraite progressive française tout en continuant à accumuler des credits américains. Depuis janvier 2025, le Windfall Elimination Provision (WEP) a été aboli par le Social Security Fairness Act : percevoir une pension française ne réduit plus votre future Social Security.
Simulez votre stratégie de transition vers la retraite
Visualisez l'impact de différents scénarios — départ progressif, maintien en activité, trimestres manquants — sur vos pensions françaises et étrangères.
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