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Comparer · Franco-Australien · 2026

Superannuation australien et pension française : pourquoi les deux systèmes ne se parlent pas

Aucune convention de sécurité sociale entre la France et l'Australie : vos trimestres australiens ne comptent pas pour la CNAV. Décryptage du silo complet et des décisions qu'il impose.

21 juillet 2026 9 min de lecture retreet.ai

Après plusieurs années en Australie, vous rentrez en France avec un capital Superannuation constitué. Vous pensez naturellement que ces années vont compter pour votre retraite française — comme ce serait le cas en rentrant d'Allemagne ou du Québec. Erreur : la France et l'Australie n'ont signé aucune convention de sécurité sociale. Vos deux carrières resteront étanches, sans totalisation possible. Décryptage du silo complet France-Australie et des décisions stratégiques que cette absence de passerelle impose.

Pourquoi France et Australie ne coordonnent pas leurs retraites

Deux philosophies de protection sociale opposées

Le Superannuation australien est un système de retraite par capitalisation obligatoire : l'employeur verse un pourcentage du salaire brut — le taux dit Superannuation Guarantee (SG) — sur un compte individuel géré par un fonds de pension agréé. Ce taux a augmenté progressivement pour atteindre 12 % depuis le 1er juillet 2025 — c'est le taux en vigueur, sans nouvelle hausse prévue à ce stade. Ce capital est investi sur les marchés pendant toute la carrière, puis débloqué à partir du preservation age — 60 ans pour les personnes nées après le 1er juillet 1964.

Source : ATO — Key superannuation rates and thresholds

La retraite française (CNAV) fonctionne à l'inverse : c'est un système par répartition, où les cotisations d'aujourd'hui financent les pensions d'aujourd'hui. Pas de compte individuel : un calcul fondé sur le salaire annuel moyen (SAM) des 25 meilleures années, multiplié par un taux de liquidation (jusqu'à 50 %), lui-même conditionné au nombre de trimestres validés.

ℹ️ Confirmé par les sources officielles

Ces deux logiques — capitalisation individuelle d'un côté, répartition collective de l'autre — sont si différentes qu'aucune convention bilatérale de sécurité sociale n'a jamais été signée entre la France et l'Australie. Le CLEISS confirme l'absence de l'Australie de sa liste des conventions en vigueur. Contrairement au Québec, à l'Allemagne, aux États-Unis ou 40 autres pays, il n'y a aucun mécanisme de totalisation.

Ce que signifie concrètement l'absence de convention

1. Aucun trimestre transférable. Si vous avez travaillé 10 ans en Australie et 25 ans en France, la CNAV ne verra que 100 trimestres français. Si la durée requise pour le taux plein est de 172 trimestres (génération 1973 et suivantes), vous subirez une décote de 1,25 % par trimestre manquant, plafonnée à 20 trimestres — soit 25 % maximum — même si votre carrière totale cumule bien plus, et qu'il vous manque, côté France, bien plus de 20 trimestres.

2. Deux liquidations distinctes, sans coordination de calendrier. Votre Superannuation sera débloquable à 60 ans (preservation age), indépendamment du fait que vous ayez ou non atteint l'âge légal français (64 ans depuis la réforme 2023). À l'inverse, même si vous liquidez votre Super à 60 ans, la CNAV ne versera rien avant 64 ans minimum. Aucun des deux pays ne « voit » ce que l'autre fait.

Important : il existe une convention fiscale franco-australienne, mais elle ne couvre que l'impôt sur le revenu et la double imposition — elle ne crée aucun droit à la retraite ni aucune coordination des trimestres. Ne pas confondre les deux.

Combien de trimestres vous manque-t-il vraiment ?

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Le dilemme DASP : retirer son Super avant 60 ans ou attendre ?

Qu'est-ce que le DASP ?

Le Departing Australia Superannuation Payment (DASP) permet aux travailleurs temporaires — visa Working Holiday, Temporary Skill Shortage… — de récupérer leur Superannuation avant le preservation age, une fois qu'ils ont quitté définitivement l'Australie et que leur visa a cessé d'être valide.

Source : ATO — Temporary residents and superannuation (DASP)

Conditions : avoir accumulé le Super sous un visa temporaire éligible (hors subclasses 405 et 410), avoir quitté l'Australie, ne détenir aucun autre visa actif, et ne pas être citoyen ou résident permanent australien — ni citoyen néo-zélandais (les Néo-Zélandais transfèrent plutôt leur Super vers KiwiSaver).

⚠️ Le taux de prélèvement DASP n'est pas unique

Il dépend du visa détenu pendant la période de cotisation :

  • Visa temporaire ordinaire (ex. Temporary Skill Shortage, étudiant) : 35 % sur l'élément taxé, 45 % sur l'élément non taxé (rare).
  • Visa Working Holiday (417/462) : 65 %. Ce taux s'applique dès lors que le DASP inclut des cotisations versées pendant une période sous visa Working Holiday — et il porte alors sur la totalité du paiement.
  • Composante non imposable : 0 %.

Ce prélèvement est définitif : une fois prélevé, il n'est pas récupérable, même en rentrant vivre en France.

Attendre 60 ans : une alternative, mais sous conditions

Si vous n'êtes pas éligible au DASP (par exemple, vous avez obtenu la résidence permanente puis êtes rentré en France), ou si vous choisissez de ne pas le déclencher, votre Superannuation reste investi et devient accessible à partir de 60 ans.

Point mort : si vous anticipez ne jamais retourner en Australie, avez besoin de liquidités immédiates, ou craignez une perte de contact avec le fonds, le DASP peut se justifier. Mais fiscalement et financièrement, attendre 60 ans est souvent plus avantageux — sauf besoin de trésorerie urgent, et sous réserve que les hypothèses de rendement se vérifient.

Exemple chiffré : deux scénarios de carrière franco-australienne

Profil — né en 1975, salarié classique (pas un visa Working Holiday)
Australie
2005–2015 (10 ans), 70 000 AUD/an
France
27 ans au total → 108 trimestres
Capital Super estimé (2015)
≈ 82 000 AUD (~54 000 €)
Durée requise (gén. 1975)
172 trimestres pour le taux plein

Scénario 1 — Liquidation DASP immédiate (2015). Retrait DASP dès le retour : 82 000 AUD × (1 − 35 %) ≈ 53 300 AUD (~35 100 €) perçus. Côté français : 108 trimestres validés, 64 manquants — mais décote plafonnée à 20 trimestres, soit 25 %. Taux de liquidation 50 % − 25 % = 37,5 %. Pension CNAV ≈ 628 €/mois à partir de 64 ans.

Scénario 2 — Conservation du Super jusqu'à 60 ans (2035). Le Super reste investi.

⚠️ Hypothèse illustrative, non garantie

Les chiffres ci-dessous supposent un rendement net de 4 % réel sur 20 ans — un scénario parmi d'autres. Ils ne constituent pas une projection fiable sur un horizon aussi long : à utiliser pour saisir un ordre de grandeur, pas comme une prévision.

Capital projeté à 60 ans : 82 000 × 1,0420180 000 AUD (~110 000 €), avec 0 % de prélèvement australien en phase de retraite (imposition française ensuite, étalable si retrait progressif). L'impact sur la retraite française est identique au scénario 1 (les 108 trimestres ne changent pas, pension CNAV ≈ 628 €/mois).

Scénario 1 — DASP immédiat Scénario 2 — Attente à 60 ans
Capital Super perçu ≈ 35 100 € (net de DASP 35 %) ≈ 110 000 € (net de prélèvement australien)
Quand ? Immédiatement (2015) À 60 ans (2035)
Pension CNAV ≈ 628 €/mois dès 64 ans ≈ 628 €/mois dès 64 ans (identique)
Écart de capital ≈ 74 900 € de plus dans le scénario 2 — à condition que le fonds ait réellement délivré 4 % réel et que le compte soit resté actif.

Ce que ça change concrètement dans votre stratégie retraite

1. Anticiper la décote française dès maintenant. Sans totalisation, chaque trimestre manquant en France se paie cash — dans la limite du plafond de 25 % (20 trimestres). Plusieurs leviers existent avant 55 ans : rachat de trimestres Fillon (années d'études ou incomplètes), surcote si vous décalez la liquidation, ou retour en France assez tôt pour valider les trimestres manquants.

2. Décider DASP vs attente 60 ans avec un cadre clair. Le DASP donne de la liquidité immédiate mais coûte 35 % (65 % si des cotisations ont été versées sous visa Working Holiday) et fige le capital. Attendre 60 ans multiplie souvent le capital, mais bloque l'argent 10 à 20 ans et impose une gestion administrative à distance.

3. Ne pas confondre convention fiscale et convention de sécurité sociale. La première existe et règle où vos revenus de retraite sont imposés ; elle ne permet ni totalisation, ni coordination des âges, ni transfert de droits. Si un organisme vous affirme que « vos années australiennes comptent grâce à la convention fiscale », c'est faux.

4. Planifier la liquidation en deux temps. 60 ans pour le Super, 64 ans pour la CNAV : vous aurez potentiellement 4 ans où vous touchez le Super mais pas encore la pension française — période à anticiper en revenus et fiscalité (retrait progressif du Super pour lisser l'impôt, par exemple).

Visualisez vos deux calendriers de liquidation avec Ariane

Indiquez à Ariane votre valeur Superannuation actuelle et votre calendrier envisagé : elle vous aide à visualiser l'écart entre le déblocage du Super (60 ans) et la liquidation CNAV (64 ans), à partir de vos éléments de carrière — hors conseil fiscal détaillé.

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En résumé : deux systèmes, deux décisions, aucune passerelle

Élément Superannuation australien Pension française (CNAV)
Type de système Capitalisation obligatoire (compte individuel) Répartition (mutualisation collective)
Âge de déblocage 60 ans (preservation age, gén. 1964+) 64 ans (âge légal 2024)
Totalisation Aucune (pas de convention) Aucune (trimestres australiens non comptés)
Liquidation anticipée DASP : 35 % (65 % si visa Working Holiday), immédiat Décote plafonnée à 25 % (20 trimestres max)
Fiscalité retrait 0 % en Australie à 60 ans ; impôt français si résident Impôt français sur pension (barème progressif)
Deux messages à retenir : vos trimestres australiens ne réduiront jamais la décote CNAV (plafonnée à 25 %, quel que soit l'écart réel). Et le DASP est rarement optimal financièrement, sauf besoin de liquidité immédiat ; attendre 60 ans multiplie souvent le capital, avec une fiscalité plus douce — mais impose une gestion administrative rigoureuse.

Les questions stratégiques à trancher

Non. La France et l'Australie n'ont signé aucune convention bilatérale de sécurité sociale. Il n'existe donc aucune totalisation : vos trimestres australiens ne comptent pas pour la CNAV. Contrairement au Québec, à l'Allemagne ou aux États-Unis (où la totalisation existe), il n'y a aucune passerelle.

Le taux dépend du visa détenu au moment des cotisations : 35 % sur l'élément taxé (45 % sur l'élément non taxé) pour un visa temporaire ordinaire, mais 65 % si des cotisations ont été versées pendant une période sous visa Working Holiday (417/462) — et dans ce cas sur la totalité du paiement. La composante non imposable est à 0 %. Ce prélèvement est définitif et non récupérable en France.

Le DASP donne de la liquidité immédiate mais coûte 35 à 65 % de prélèvement définitif. Attendre le preservation age (60 ans pour les personnes nées après le 1er juillet 1964) permet un retrait exonéré d'impôt australien en phase de retraite, et le capital continue de fructifier. Financièrement, attendre est souvent plus avantageux — sauf besoin de trésorerie immédiat ou risque de perte de contact avec le fonds. À valider avec un fiscaliste avant toute décision chiffrée.

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