Selon le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, plus de 10 000 Français sont immatriculés au Japon (MEAE, 2024). Parmi eux, une part significative de cadres arrivés entre 40 et 50 ans cumule une longue carrière française et une carrière japonaise active. Pour eux, une question se pose souvent : faut-il liquider la retraite française avant la fin de la carrière au Japon, quitte à subir une décote ? La réponse dépend de plusieurs mécanismes — et d'une décision qui sera irréversible.
Âge de départ et décote : les règles françaises applicables
L'âge légal de départ à la retraite en France dépend de votre année de naissance et du contexte législatif en vigueur. La réforme de 2023 est actuellement suspendue jusqu'en 2028 — vérifiez votre situation précise avant toute décision.
La décote CNAV : si vous liquidez avant l'âge du taux plein automatique (67 ans), votre pension de base est réduite de 5 % par année manquante, dans la limite de 20 %. Cette décote est définitive et viagère : elle s'applique à vie, même si vous continuez à cotiser au Japon après la liquidation.
Source : Article L161-22-1-6 du Code de la sécurité sociale — Légifrance
Ce que change (et ne change pas) la convention franco-japonaise
La convention de sécurité sociale franco-japonaise de 2007 permet la totalisation des périodes d'assurance entre les deux pays. Concrètement, vos années cotisées au Japon peuvent être prises en compte pour ouvrir le droit à la retraite française si vous n'atteignez pas le minimum requis en France seul.
Formule CNAV appliquée : Pension = SAM × 50 % × (trimestres FR / trimestres requis) × (1 − décote)
Votre carrière France–Japon est-elle concernée ?
retreet.ai intègre la convention franco-japonaise. Entrez votre répartition de carrière pour voir si la totalisation ouvre ou non de nouveaux droits dans votre cas.
Simuler ma situation Franco-Japonaise →Scénario chiffré : Émilie, 63 ans, entre Tokyo et Paris
- Pension CNAV : 42 000 € × 50 % × 100/172 = 12 209 € théoriques. Décote 4 années manquantes = −20 %. Pension réelle : 9 767 €/an (814 €/mois)
- Agirc-Arrco : ≈ 4 200 pts × 1,4159 € = 5 947 €/an. Minoration 10 % pendant 3 ans → 5 352 €/an les 3 premières années (446 €/mois), puis 5 947 €/an (496 €/mois)
- Pension japonaise (dès 65 ans) : 15 ans de Kosei Nenkin → ≈ 600 000 yens/an (≈ 333 €/mois indicatif)
- Pension CNAV : aucune décote. 12 209 €/an (1 017 €/mois)
- Agirc-Arrco : aucune minoration. 5 947 €/an (496 €/mois)
- Pension japonaise (dès 65 ans) : 19 ans de Kosei Nenkin → ≈ 760 000 yens/an (≈ 422 €/mois indicatif)
| Option A — 63 ans | Option B — 67 ans | |
|---|---|---|
| Pension CNAV (base) | 814 €/mois | 1 017 €/mois |
| Agirc-Arrco | 446 €/mois (puis 496 € après 3 ans) | 496 €/mois |
| Pension japonaise (dès 65 ans) | ≈ 333 €/mois | ≈ 422 €/mois |
| Total mensuel estimé | ≈ 1 593 €/mois −341 €/mois | ≈ 1 934 €/mois |
Les montants réels dépendent de votre relevé de carrière exact, du taux EUR/JPY au moment de la liquidation (taux indicatif utilisé : 0,0067 EUR/JPY), et de votre situation personnelle. La minoration Agirc-Arrco de 10 % n'est applicable que pendant 3 ans ; le tableau retient ce montant pour la colonne A pour rester conservateur.
Sur 20 ans de retraite : le manque à gagner de l'option A représente environ 82 000 €.
Une décision irréversible : ce que dit la loi
L'article L161-22-1 du Code de la sécurité sociale est sans équivoque : une fois liquidée, votre pension française ne peut pas être recalculée, même si vous continuez à travailler et cotiser au Japon après cette date.
À l'inverse, la pension japonaise (Kosei Nenkin) est liquidable indépendamment et ultérieurement — vous pouvez parfaitement liquider votre retraite française à 63 ans et ne déclencher votre pension japonaise qu'à 65 ans, conformément à l'âge légal japonais. Cette asymétrie entre les deux systèmes renforce l'intérêt de simuler précisément avant de décider.
63, 65 ou 67 ans : les 3 questions à trancher avant de décider
Chaque année supplémentaire de Kosei Nenkin ajoute environ 40 000 à 50 000 yens par an à votre pension japonaise. Si vous prévoyez 5 à 10 ans supplémentaires au Japon, l'impact sur votre pension totale est significatif — et la liquidation anticipée fige un montant français diminué sans que vous en ayez besoin immédiatement.
La décote CNAV est définitive. Sur 20 ans de retraite, le manque à gagner peut dépasser 80 000 €. La minoration Agirc-Arrco, elle, disparaît au bout de 3 ans. Calculer le nombre de mois nécessaires pour que l'option B rattrape l'option A est la première chose à faire — ce calcul dépend de votre profil exact.
La convention fiscale franco-japonaise de 1995 régit l'imposition de vos pensions. Les prélèvements sociaux français (CSG, CRDS) ne s'appliquent généralement pas aux non-résidents, mais votre situation personnelle peut différer. Une liquidation anticipée peut avoir du sens si vous anticipez un retour en France dans un délai court et souhaitez consolider vos revenus de retraite avant ce retour.
Simulez vos deux pensions avant de décider
Ces calculs sont illustratifs — votre situation réelle dépend de votre relevé de carrière exact, de votre année de naissance, de la durée prévisionnelle de votre carrière japonaise et de votre projet de vie. retreet.ai intègre la convention franco-japonaise et vous permet de comparer l'impact d'une liquidation à 63, 65 ou 67 ans sur vos deux pensions consolidées.
Comparer mes scénarios 63 / 65 / 67 ans →