Vous avez cotisé 20 ans en Allemagne, vous approchez de vos 60 ans et vous envisagez de rentrer en France 5 à 7 ans avant la liquidation de votre retraite. Cette décision, si elle est motivée par des raisons familiales ou patrimoniales, peut avoir des conséquences durables sur vos deux pensions — française et allemande — qu'il est utile d'anticiper dès maintenant, pas une fois installé.
Ce que dit la règle officielle
Entre la France et l'Allemagne, une convention bilatérale ancienne existe (1950), mais elle n'est plus le cadre de référence pour la coordination des retraites : les deux pays étant membres de l'Union européenne, c'est le règlement européen de coordination (CE n°883/2004, complété par le règlement d'application CE n°987/2009) qui s'applique — avec la même logique de totalisation qu'une convention bilatérale, mais un mécanisme juridique différent.
Source : CLEISS — Coordination européenne des régimes de sécurité sociale
Concrètement, votre pension allemande est calculée par la Deutsche Rentenversicherung (DRV) uniquement sur les périodes que vous avez réellement cotisées en Allemagne, exprimées en Entgeltpunkte (points de rémunération). La totalisation avec vos trimestres français ne sert qu'à ouvrir le droit à pension si vous n'atteignez pas les 5 années de cotisation minimales (Wartezeit) en Allemagne — elle n'augmente jamais le montant versé par la DRV.
Côté français, si vous reprenez une activité en France après votre retour, vous cotiserez de nouveaux trimestres à la CNAV, ce qui peut réduire ou annuler la décote sur votre pension française si vous n'aviez pas encore atteint tous vos trimestres.
Seule la montée jusqu'à 67 ans en 2031 est actée dans la loi allemande. Une commission (rapport Weise/Janda, remis le 23 juin 2026) a proposé d'aller plus loin — trajectoire vers environ 69 ans dans les années 2070, suppression de la retraite anticipée à 63 ans pour carrières longues, capitalisation obligatoire d'environ 2 % du salaire brut. Le chancelier Merz et la ministre Bas ont annoncé vouloir reprendre l'intégralité des 33 recommandations sans modification substantielle, mais le vote parlementaire n'a pas encore eu lieu à ce jour. Ne pas confondre ces annonces avec le droit en vigueur.
Sources : deutsche-rentenversicherung.de · cleiss.fr · cnav.fr · bmas.de
Ce que ça change concrètement
Sur la pension allemande : rentrer en France à 60 ou 62 ans signifie figer vos Entgeltpunkte à ce niveau. Si vous aviez cotisé 20 ans en Allemagne, votre pension DRV sera calculée sur ces 20 années uniquement. Chaque point est valorisé, au 1er juillet 2026, à 42,52 € par mois (valeur du Rentenwert, en hausse par rapport aux 40,79 € en vigueur au 1er juillet 2025 — révision annuelle chaque 1er juillet). Un retour anticipé ne dégrade pas le montant déjà acquis, mais vous renoncez aux points que vous auriez pu accumuler en restant en Allemagne 5 à 7 ans de plus — et ces années-là, généralement en fin de carrière, sont souvent celles où le salaire (et donc le nombre de points annuels) est le plus élevé.
Sur la pension française : si vous reprenez une activité salariée ou indépendante en France, vous cotisez de nouveaux trimestres. Imaginons que vous rentriez à 60 ans avec 90 trimestres français déjà acquis (soit 22,5 années), et que vous travailliez 5 ans en France jusqu'à 65 ans : vous ajoutez 20 trimestres, portant votre total français à 110 trimestres. Si votre carrière complète requiert 172 trimestres pour le taux plein, vous passez de 90/172 à 110/172, ce qui réduit significativement la décote au moment de la liquidation — ou, si vous liquidez à 67 ans (âge d'annulation automatique de la décote), vous augmentez le montant de votre pension de base CNAV proportionnellement aux trimestres cotisés.
Exemple chiffré (ordre de grandeur)
Profil : né en 1965, 20 ans cotisés en Allemagne (60 Entgeltpunkte accumulés), 90 trimestres français déjà validés. Retour en France à 60 ans, reprise d'activité jusqu'à 65 ans (20 trimestres supplémentaires). Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur illustratifs, pas des projections précises.
Liquidée à 67 ans, 60 points figés à 60 ans
Le montant déjà acquis ne baisse jamais : c'est la non-accumulation future qui coûte, pas une perte sur l'existant.
Liquidée à 67 ans, taux plein automatique
Le gain provient uniquement des 20 trimestres supplémentaires cotisés en France entre 60 et 65 ans.
Deux questions stratégiques à trancher dès maintenant
Une estimation du nombre de points annuels projetés (basée sur votre salaire actuel et votre relevé DRV) permet de chiffrer l'ordre de grandeur de l'impact du départ anticipé. Si vous gagnez bien et que votre nombre de points annuels est élevé, chaque année en moins en Allemagne coûte cher à vie.
Si vous êtes proche du taux plein français, 5 ans de cotisations supplémentaires peuvent réduire ou annuler la décote, ce qui rend le retour anticipé plus attractif. En revanche, si vous êtes déjà au-dessus du taux plein ou si vous comptez liquider à 67 ans de toute façon, l'intérêt est moindre.
Comparez vos scénarios avant de décider
retreet.ai vous permet de modéliser l'impact de votre date de retour en France sur votre pension française : trimestres validés, décote potentielle, années de cotisation supplémentaires jusqu'à votre âge de liquidation cible. Combiné à une estimation de vos droits allemands (relevé DRV, Entgeltpunkte déjà acquis), vous disposez des deux pièces du puzzle pour arbitrer votre date de retour en connaissance de cause.
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