Accueil  /  Ressources & conseils

Comprendre

Retraite au Japon : Kokumin Nenkin, Kosei Nenkin et accord franco-japonais

46 500 Français vivent au Japon. Peu savent que l'accord bilatéral franco-japonais signé en 2007 peut soit préserver leurs droits français, soit générer un cumul de cotisations inutiles — selon leur statut.

20 mai 2026 6 min

Entre le Kokumin Nenkin, le Kosei Nenkin et le mécanisme de remboursement forfaitaire (Dattai Ichiji-kin), la retraite franco-japonaise est l'une des plus complexes à optimiser. Le point complet sur ce que change l'accord de 2008.

Les deux régimes japonais : qui cotise à quoi

Le système de retraite japonais repose sur deux piliers obligatoires :

Le Kokumin Nenkin (国民年金) est le régime de base universel, géré par le Japan Pension Service. Tous les résidents japonais entre 20 et 60 ans y cotisent, qu'ils soient salariés, indépendants ou inactifs. Le montant mensuel est fixe : 16 520 yens par mois en 2024 (environ 100 €).

Le Kosei Nenkin (厚生年金) est le régime complémentaire obligatoire pour les salariés d'entreprises. Les cotisations sont proportionnelles au salaire (18,3 % partagés moitié-moitié entre employeur et salarié en 2024), et incluent automatiquement le Kokumin Nenkin. Un salarié français en contrat local au Japon cotise donc aux deux régimes simultanément.

Pour obtenir une pension japonaise, il faut justifier d'au moins 10 ans de cotisations depuis la réforme de 2017 (avant : 25 ans). Sans cette durée, les cotisations peuvent être remboursées sous conditions lors du départ définitif.

Source : Japan Pension Service (nenkin.go.jp) — conditions d'éligibilité 2024

Ce que change l'accord franco-japonais

L'accord de sécurité sociale entre la France et le Japon, signé le 26 février 2007 et entré en vigueur le 1er juin 2008, répond à deux objectifs : éviter les doubles cotisations et permettre la totalisation des périodes.

Pour les détachés (salariés envoyés temporairement par une entreprise française) :

Pour les expatriés en contrat local (embauchés directement par une entreprise japonaise) :

La totalisation des périodes permet d'additionner les trimestres français et les années japonaises pour atteindre la durée minimale ouvrant droit à pension dans chaque pays. Exemple : 8 ans de cotisations au Japon + 32 trimestres en France permettent d'atteindre le seuil de 10 ans et d'obtenir deux pensions partielles — une japonaise (proratisée sur 8 ans réels) et une française.

Source : CLEISS — Accord France-Japon

Le remboursement forfaitaire de retrait (Dattai Ichiji-kin 脱退一時金)

Un Français qui a cotisé au Japon moins de 10 ans et qui rentre définitivement peut demander le remboursement forfaitaire de retrait dans les deux ans suivant son départ.

Le montant remboursé dépend de la durée de cotisation au Kosei Nenkin :

⚠️ Attention — un choix irréversible

Ce remboursement annule définitivement les droits à pension japonaise pour cette période. Si vous souhaitez utiliser plus tard la totalisation franco-japonaise, ces années remboursées ne compteront plus. La décision doit être mûrement réfléchie avant d'agir.

La demande s'effectue après avoir quitté le territoire japonais, via le formulaire officiel du Japan Pension Service, avec justificatif de sortie du territoire et RIB bancaire international.

Source : Japan Pension Service — Lump-sum Withdrawal Payments

Exemple chiffré : Sophie, 11 ans entre Paris et Tokyo

Profil

Sophie, 38 ans, développeuse web : 6 ans en France (24 trimestres validés), puis 5 ans à Tokyo en contrat local, cotisant au Kosei Nenkin. Elle envisage de rentrer définitivement en France à 40 ans.

Scénario 1 — Remboursement forfaitaire au retour à 40 ans

Sophie demande le Dattai Ichiji-kin : environ 30 mois de cotisations japonaises récupérés (≈ 500 000 yens, soit 3 000 €). Mais ses 5 ans japonais ne compteront plus jamais pour aucune retraite.

À 64 ans, elle a 120 trimestres français (24 avant Tokyo + 96 après retour, soit 30 ans au total). Avec 172 requis pour le taux plein (génération 1988), il lui manque 52 trimestres — décote significative sans possibilité d'utiliser la totalisation.

Scénario 2 — Pas de remboursement, totalisation à 64 ans

Sophie laisse ses droits japonais dormants. À 64 ans, elle a :

Avec l'accord franco-japonais, la France totalise les 5 ans japonais pour réduire la décote. Elle touche :

Dans ce scénario, Sophie gagne davantage à long terme, même si elle ne récupère rien immédiatement. Le point mort dépend de son espérance de vie et du montant de la pension japonaise.

Les 4 questions stratégiques à se poser

1. Quel est mon statut exact au Japon ?

Détaché ou expatrié local ? Si vous hésitez, demandez un certificat de détachement à votre employeur français. Sans ce document, vous êtes considéré comme expatrié local par défaut — avec toutes les cotisations japonaises que cela implique.

2. Ai-je intérêt à cotiser à la CFE pendant mon séjour ?

La CFE permet de continuer à valider des trimestres français en parallèle des cotisations japonaises. Coût : environ 3 400 €/an pour le régime vieillesse. Pertinent si vous prévoyez de rentrer en France avant d'atteindre 10 ans au Japon.

3. Vais-je rester au Japon plus de 10 ans ?

Si oui, vous ouvrirez automatiquement droit à une pension japonaise et la question du remboursement ne se posera plus. Si non, la totalisation est probablement plus avantageuse que le remboursement immédiat — sauf besoin de trésorerie urgent.

4. Quel sera mon pays de résidence à la retraite ?

Si vous comptez vivre au Japon après 65 ans, mieux vaut maximiser vos droits japonais. Si vous rentrez en France, la totalisation préserve vos droits dans les deux pays sans nécessiter de transfert de fonds.

Simulez votre scénario franco-japonais

Chaque année de cotisation au Japon, chaque trimestre français, chaque période de détachement modifie l'équation. Simulez précisément vos pensions des deux pays sur retreet.ai.

Comparer mes scénarios sur retreet.ai →