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Comprendre · Franco-Japonais

Kōsei Nenkin et pension française : ce que change la convention franco-japonaise

Tu as cotisé au Japon, tu es rentré en France, et tu ne sais pas si tu toucheras quelque chose à la retraite. Le Lump Sum Withdrawal Payment peut tout fermer — souvent sans que tu le saches.

30 juin 2026 7 min
Vue d'ensemble : Retraite France-Japon

Tu as travaillé 8 ans à Tokyo comme ingénieur, tu es rentré en France en 2018, et tu ne sais toujours pas si tu touches quelque chose du Japon à la retraite. Entre-temps, tu as peut-être reçu une notification concernant le Lump Sum Withdrawal Payment, ce remboursement partiel que le Japon propose aux étrangers qui quittent le pays. Tu l'as demandé ? Pas demandé ? La différence n'est pas anodine : elle détermine si tes années japonaises pourront être prises en compte pour ta retraite française ou non.

La convention franco-japonaise de sécurité sociale, signée le 25 février 2005 et entrée en vigueur le 1er juin 2007, permet de totaliser tes périodes cotisées dans les deux pays — mais uniquement sous certaines conditions. Voici comment elle fonctionne concrètement, ce qu'elle change pour ton dossier, et les questions stratégiques à te poser bien avant ton âge de départ.

Les deux régimes de retraite japonais : Kokumin Nenkin et Kōsei Nenkin

Le système japonais distingue deux niveaux :

Si tu as travaillé au Japon comme salarié, tu as cotisé aux deux régimes simultanément. La pension que tu reçois du Japon est une pension unifiée qui reflète ces deux niveaux.

Règle clé : pour avoir droit à une pension de vieillesse japonaise, tu dois totaliser au moins 10 ans de cotisations au système japonais (Kokumin et Kōsei combinés). Ce seuil a été abaissé de 25 à 10 ans en 2017, rendant plus de personnes éligibles — y compris des Français ayant effectué des missions de moyenne durée au Japon. La pension complète nécessite 40 ans de cotisations. L'âge légal est fixé à 65 ans, avec une perception possible dès 60 ans (réduction) ou un report jusqu'à 70-75 ans (bonification).

Source : Japan Pension Service (nenkin.go.jp)

Le Lump Sum Withdrawal Payment : un remboursement qui ferme des portes

Quand tu quittes le Japon définitivement, tu peux demander le Lump Sum Withdrawal Payment (LSWP) : un remboursement partiel de tes cotisations. Les conditions :

Le montant est plafonné : il porte au maximum sur 3 ans de cotisations pour les périodes antérieures à mars 2021, et jusqu'à 5 ans (60 mois) pour les périodes cotisées à partir d'avril 2021 — au-delà, les mois supplémentaires ne sont jamais remboursés. Une retenue à la source japonaise de 20,42 % s'applique sur le montant versé.

⚠️ Conséquence irréversible

Si tu perçois ce remboursement, les périodes japonaises ne peuvent plus être totalisées avec la France. Tu perds définitivement le bénéfice de la coordination pour ces années.

C'est là que beaucoup de Français se retrouvent pris au piège : ils ont demandé le LSWP à leur retour en France (souvent par réflexe de « récupérer quelque chose »), sans savoir qu'ils s'interdisaient par la même occasion de faire valoir ces périodes pour atteindre le seuil français ou améliorer leur taux de liquidation.

Source : Japan Pension Service — Lump-sum Withdrawal Payments

La convention franco-japonaise : totalisation, mais pas cumul

La convention de sécurité sociale entre la France et le Japon, signée le 25 février 2005 et entrée en vigueur le 1er juin 2007, permet de totaliser les périodes cotisées dans les deux pays pour déterminer si tu remplis les conditions d'éligibilité à une pension dans l'un ou l'autre pays. Elle évite aussi la double cotisation : en détachement (5 ans maximum), tu cotises uniquement en France ; en expatriation, uniquement au Japon.

Ce que la totalisation permet

Ce que la totalisation ne fait pas

Exemple concret

Tu as cotisé 8 ans au Japon (2010-2018) puis 27 ans en France (1993-2009 + 2018-2029). En 2029, tu as 64 ans (âge légal atteint).

Sans convention : 27 ans = 108 trimestres en France, donc décote importante face aux 172 requis ; 8 ans au Japon = pas de pension (seuil de 10 ans non atteint).

Avec convention (et sans LSWP perçu) : 8 + 27 = 35 ans totalisés. Tu franchis le seuil japonais (10 ans) grâce aux années françaises, et la totalisation peut réduire ta décote côté France. Tu reçois deux pensions séparées : une japonaise calculée sur 8 ans, une française calculée sur 27 ans (108 trimestres).

Source : CLEISS — Convention France-Japon

Quatre questions stratégiques à te poser bien avant ton départ

1. As-tu perçu le Lump Sum ?

Si oui, tes périodes japonaises ne peuvent plus être totalisées avec la France. Tu ne toucheras ni pension japonaise, ni bénéfice de ces années pour ton dossier français. Si tu n'as pas encore demandé le LSWP et que tu as cotisé plus de 6 ans au Japon, demande-toi si tu as intérêt à renoncer à ce remboursement (et à sa retenue de 20,42 %) pour conserver le bénéfice de la totalisation — notamment si ton nombre de trimestres français est limite pour un départ à taux plein.

2. Es-tu proche du seuil des 10 ans de cotisations japonaises ?

Si tu as cotisé 8 ou 9 ans au Japon, la totalisation avec tes années françaises peut te permettre d'ouvrir un droit à pension japonaise. Sans totalisation, tu n'aurais rien (sauf le LSWP, plafonné à 3 ans de cotisations pour les périodes antérieures à mars 2021, 5 ans au-delà). Ce cas justifie souvent de ne pas demander le LSWP et de conserver le lien avec le système japonais.

3. Tes années japonaises peuvent-elles faire basculer ton taux de liquidation français ?

Si tu es proche du taux plein (172 trimestres pour les générations nées après 1973) mais qu'il te manque quelques trimestres, la totalisation peut éviter ou réduire la décote — même si le montant de ta pension française restera calculé sur tes seules périodes françaises. C'est un levier à évaluer 10 à 15 ans avant la liquidation, quand tu peux encore agir (rachat de trimestres, retour en France, etc.).

4. As-tu conservé tous les justificatifs japonais ?

Les certificats de cotisation (Nenkin Kiroku) délivrés par le Japan Pension Service sont indispensables pour faire valoir tes droits, que ce soit pour demander le LSWP ou pour ouvrir une pension japonaise. Si tu n'as plus ces documents, contacte le Japan Pension Service ou le Cleiss pour en obtenir une copie — idéalement plusieurs années avant ta date de départ envisagée, pour éviter les délais incompressibles.

Conclusion : deux pensions séparées, un seul dossier à anticiper

La convention franco-japonaise ne fusionne rien : elle te permet de totaliser pour ouvrir des droits, mais tu toucheras toujours deux pensions distinctes, l'une du Japon, l'autre de France, chacune calculée sur tes périodes réelles dans le pays. Le piège principal reste le Lump Sum Withdrawal : si tu l'as demandé, tu as fermé la porte de la totalisation — et souvent sans en mesurer les conséquences pour ton dossier français.

L'enjeu n'est pas de savoir combien tu toucheras précisément dans 20 ans (trop de paramètres changeront), mais de savoir si tu auras un droit japonais, si tes années japonaises peuvent améliorer ton taux français, et quand ces leviers se referment. Ces questions se posent 10 à 15 ans avant la liquidation, pas à 61 ans quand il ne reste qu'à constater.

Simule ton dossier franco-japonais

Avec retreet.ai, modélise l'impact de tes années japonaises sur ton dossier français : évolution de tes trimestres, effet sur le taux de liquidation, comparaison d'âges de départ. Entre racheter des trimestres en France ou laisser jouer la totalisation, tu vois laquelle te fait franchir le seuil du taux plein. Ce n'est pas un calcul de pension exacte — c'est une cartographie des fenêtres d'action qui te restent.

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